Salinisation des sols : une bonne partie des terres du Sine Saloum détériorée par l’avancée du sel

Dans le Sine Saloum, la partie centrale du Sénégal qui couvre les régions de Fatick, Kaffrine et Kaolack, la salinisation des sols, mettant en péril la bonne pratique des activités agricoles dans une zone rendue célèbre par son statut de bassin arachidier, désormais considérée comme étant le nouveau bassin agricole d’un pays qui aspire à devenir autosuffisant sur le plan alimentaire.

D’après Sidy Bâ, une figure majeure du secteur agricole et du monde paysan dans la région de Kaolack au Sénégal, toutes les localités cette partie centrale du Sénégal sont gagnées par l’avancée du sel à cause des fleuves du Sine et du Saloum, qui sont très salés.

‘’Ces bras de mer, qui sont très salinisés, affectent une bonne partie des terres agricoles, destinées maintenant à la saliculture puisque certains agriculteurs ont tendance à délaisser la production agricole au profit de celle du sel, ravisant la vedette à des professionnels appelés saliculteurs, sauniers ou paludiers’’, a affirmé M. Bâ, également le président du Conseil régional de concertations et de coopération des ruraux (CRCR) de Kaolack et coordonnateur régional de la Dynamique pour une transition agroécologique locale (DyTAES).  

Secrétaire général du Cadre de concertation des producteurs agricoles (CCPA) et président de la Société coopérative des groupements inter-villageois des producteurs agricoles (S/COOP-GIPA) de l’arrondissement de Ngothie, dans la région de Kaolack, il invite les uns et les autres à réfléchir sur des stratégies de ces terres salées afin de les rendre utiles pour en faire des espaces d’agriculture rentables.

‘’Aux premières de l’indépendance, l’Etat du Sénégal avait érigé des digues anti-sel au niveau de la région de Kaolack notamment vers Sibassor, Keur Alpha et au niveau du bras de fer du Sine, dans la région de Fatick, pour freiner l’avancée de la salinisation de ces terres-là. Ces digues n’existent plus et, aujourd’hui, ces bras de mer ont gagné des terres cultivables qui étaient protégées par ces digue-là, qui ont été perdues par les cultivateurs’’, a-t-il regretté.

Il estime que des stratégies et politiques doivent être élaborées pour aller dans le sens de la restauration des terres dégradées au grand profit du secteur agricole.

A signalé que dans la commune de Ndiaffate, au cœur de la région de Kaolack, la localité de Waldeck vit une crise silencieuse très dévastatrice, d’après les populations locales de contrée jadis réputées pour la fertilité de ses terres.

Ici, plusieurs dizaines d’hectares de terres cultivables sont aujourd’hui rongées par la salinisation, plongeant les populations locales dans l’inquiétude et l’incertitude.

Aujourd’hui, même les semences ont du mal à germer’’

A perte de vue, les champs autrefois verdoyants et fertiles, avec de très bons rendements agricoles, ont laissé la place à des terres blanchâtres, dures et improductives.

Dans plusieurs villages de la zone, notamment Vélor, Keur Demba, Keur Samba, Keur Yigo, Bountoubolong, Keur Kibiry, Bane Samane, Bane Peulh et Keur Kékouta, les paysans constatent, année après année, la disparition progressive des cultures. Le mil, l’arachide, le maïs et d’autres spéculations agricoles peinent désormais à pousser sur ces sols devenus infertiles.

‘’Avant, ces terres nourrissaient des familles entières. Aujourd’hui, même les semences ont du mal à germer’’, a-t-elle déploré

, déplore Samba Ba, coordonnateur du syndicat populaire de Waladeck, le regard fixé sur son champ dégradé. Selon lui, la montée du sel dans les terres constitue aujourd’hui l’une des principales menaces environnementales auxquelles fait face la localité.

Les populations dénoncent une avancée inquiétante de la salinité qui réduit considérablement les capacités de production agricole et fragilise davantage les conditions de vie des ménages ruraux.

Au-delà des pertes agricoles, les conséquences économiques et sociales deviennent de plus en plus visibles. La valeur marchande des terres chute fortement, compromettant les investissements agricoles et aggravant la précarité des familles. Certains jeunes, confrontés au manque de perspectives, envisagent déjà l’exode vers les centres urbains.

‘’Ici, l’agriculture est notre principale source de revenus. Si les terres meurent, c’est tout le village qui en souffre », alerte Mouhamed Moussa Diallo, habitant de la zone.

Dans cette partie du Saloum essentiellement dépendante de l’agriculture, les habitants redoutent également une aggravation de l’insécurité alimentaire. La baisse des rendements risque, selon eux, d’accentuer la pauvreté et de favoriser des situations de famine si des solutions durables ne sont pas rapidement apportées.

Face à cette situation alarmante, les populations de Waladeck lancent un appel pressant aux autorités étatiques, aux services de l’environnement ainsi qu’aux partenaires au développement. Elles réclament des mesures urgentes pour freiner l’avancée du sel, restaurer les terres dégradées et préserver ce patrimoine agricole vital pour la survie des communautés.

A Waladeck, la terre continue de se fissurer sous les effets de la salinisation. Et avec elle, c’est tout un espoir de survie et de développement local qui semble progressivement s’effondrer.

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