
L’Autorité nationale de biosécurité (ANB) a tenu un atelier de sensibilisation destiné aux professionnels des médias dans le cadre de sa campagne d’information sur les biotechnologies modernes et les organismes génétiquement modifiés (OGM). À travers cette rencontre, l’institution entend renforcer les capacités des journalistes afin de favoriser une meilleure compréhension des enjeux liés aux OGM au sein de l’opinion publique.
Pour le directeur exécutif de l’ANB, le professeur Alioune Ndiaye, les médias occupent une place centrale dans la diffusion d’informations scientifiques fiables auprès des populations.
« Les acteurs de la presse peuvent toucher des cibles que nous ne pouvons pas atteindre directement. Il est donc essentiel qu’ils maîtrisent les notions liées aux biotechnologies modernes afin d’informer correctement les citoyens et de contribuer à un débat public fondé sur des données scientifiques », a-t-il indiqué.
Selon lui, de nombreuses incompréhensions persistent encore autour des OGM, alimentant parfois des prises de position éloignées des réalités scientifiques. D’où la nécessité de multiplier les actions de sensibilisation et de formation en direction des journalistes, considérés comme des relais stratégiques de l’information.
Les biotechnologies, un levier pour l’amélioration des productions agricoles
Abordant les applications des biotechnologies modernes, le professeur Ndiaye a rappelé qu’elles s’inscrivent dans la continuité des méthodes d’amélioration des plantes et des animaux pratiquées depuis des siècles.
Prenant l’exemple du niébé, culture originaire d’Afrique, il a expliqué que les variétés actuellement exploitées sont le résultat d’un long processus de sélection à partir de formes sauvages. Les avancées scientifiques permettent désormais d’identifier avec précision les gènes responsables de certains caractères et d’accélérer l’obtention des résultats recherchés.
« Les biotechnologies modernes ne remplacent pas les méthodes classiques. Elles constituent un outil complémentaire qui permet d’améliorer plus rapidement certaines caractéristiques des plantes ou des animaux », a-t-il souligné.
Un décret d’application toujours attendu
Le directeur exécutif de l’ANB a également attiré l’attention sur l’absence du décret d’application de la loi sur la biosécurité adoptée en 2022.
Bien que le Sénégal dispose aujourd’hui d’un cadre législatif révisé en matière de biosécurité, l’absence de ce texte réglementaire empêche l’Autorité nationale de biosécurité d’exercer pleinement ses missions de contrôle, d’autorisation et de régulation.
« Tant que ce décret n’est pas signé, nous restons limités dans notre action. Nous pouvons sensibiliser et former, mais nous ne pouvons pas mettre en œuvre l’ensemble des dispositions prévues par la loi », a regretté le professeur Ndiaye.
Cette situation constitue également un frein à certaines activités de recherche, notamment les expérimentations pouvant être réalisées dans des environnements contrôlés et conformes aux normes de biosécurité.
Un plaidoyer en direction des autorités
Face à cette situation, l’ANB poursuit son plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour obtenir la signature du décret. Depuis son arrivée à la tête de l’institution en juillet 2024, le professeur Ndiaye affirme avoir multiplié les démarches auprès des décideurs.
Des séances d’information ont notamment été organisées avec la Commission Environnement de l’Assemblée nationale, avant des échanges élargis à l’ensemble des députés en 2026 afin de les sensibiliser aux enjeux de la biosécurité et à l’importance d’un encadrement réglementaire efficace.
Pour le responsable de l’ANB, l’entrée en vigueur du décret permettrait à l’État de disposer des outils nécessaires pour superviser l’utilisation des biotechnologies modernes, prévenir d’éventuels risques et garantir la protection de l’environnement ainsi que de la santé publique.
« Le plus grand danger aujourd’hui n’est pas la signature du décret, mais son absence. Ce texte nous donnera les moyens de réguler efficacement les biotechnologies modernes et d’en exploiter les avantages dans un cadre sécurisé », a-t-il déclaré.
Adama Faye