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Expertise et Analyses 08 juillet 2026 alassane

«Métropolisation ou ruralisation : La ville de Kaolack , un cas d’école.

Au lendemain des indépendances, Kaolack était l’une des villes les plus dynamiques du Sénégal . Grâce à son port fluvial, à son rôle de principal centre de commercialisation de l’arachide et à sa position...

Au lendemain des indépendances, Kaolack était l’une des villes les plus dynamiques du Sénégal . Grâce à son port fluvial, à son rôle de principal centre de commercialisation de l’arachide et à sa position stratégique au carrefour des grands axes reliant le nord, le centre et le sud du Sénégal, elle exerçait une influence économique qui dépassait largement les frontières nationales. À cette époque, Kaolack était plus développée, plus dynamique et plus peuplée que Banjul, la capitale de la Gambie. Aujourd’hui, le rapport de force s’est inversé.

Ce renversement n’est pas le fruit du hasard. Il résulte de trajectoires de développement territorial profondément différentes. Pendant plusieurs décennies, Kaolack a été pensée essentiellement comme un bassin de production et de commercialisation agricole. Cette vocation économique, bien qu’importante, n’a jamais été accompagnée d’une politique ambitieuse de métropolisation fondée sur des investissements structurants. 

Une métropole ne se construit pas uniquement sur son potentiel agricole ; elle se développe grâce à une armature urbaine forte, capable de concentrer les fonctions économiques, administratives, universitaires, industrielles et logistiques.

L’insuffisance d’infrastructures structurantes a progressivement limité le rayonnement de Kaolack. La faible modernisation du port, l’absence d’un aéroport de dimension internationale, le déficit d’infrastructures autoroutières reliant efficacement la ville aux grands pôles économiques, la faiblesse de l’industrialisation, l’absence de grands équipements métropolitains et le manque de politiques urbaines ambitieuses ont freiné son attractivité. Une ville qui cesse d’attirer les investissements, les entreprises, les talents et les services supérieurs finit inévitablement par perdre de son influence dans la hiérarchie urbaine.

À l’inverse, Banjul et son agglomération ont progressivement renforcé leur armature urbaine en s’appuyant sur des infrastructures modernes, une meilleure intégration territoriale, le développement des activités portuaires, du tourisme, des services financiers et des fonctions administratives. Cette dynamique a favorisé un processus continu de métropolisation, faisant de l’agglomération gambienne un pôle économique majeur de la sous-région.

Pourtant, Kaolack conserve des atouts exceptionnels. Sa position géographique au cœur du Sénégal, à proximité de la Gambie et sur le corridor reliant plusieurs pays de la sous-région, lui confère une vocation naturelle de plateforme logistique, commerciale et industrielle. 

C’est précisément cette réalité que prend en compte le Plan national d’aménagement et de développement territorial (PNADT), qui identifie Kaolack comme une future métropole  d’équilibre capable de déconcentrer les fonctions aujourd’hui fortement concentrées autour de Dakar.

Mais cette ambition ne pourra devenir réalité qu’à travers une volonté politique forte. 

Cependant, force est de constater que la métropolisation de Kaolack s’est véritablement amorcée ces derniers temps avec les investissements massifs de l’Etat  dans divers domaines tels que : le Projet de  la modernisation du port de Kaolack , l’amélioration des infrastructures routières ( l’autoroute Mbour-Fatick-Kaolack )et ferroviaires ( la relance du Chemin de fer ), le développement d’une plateforme logistique régionale, le renforcement de l’enseignement supérieur ( Université El Hadji Ibrahima NIASS du Sine-Saloum), le projet des 100.000 logements, l’implantation d’industries de transformation, la création de zones économiques spécialisées ainsi que la mise en œuvre d’une véritable politique d’aménagement urbain adaptés aux nouvelles politiques urbaines.

À ce jour, l’avenir de Kaolack ne dépend donc pas uniquement de sa géographie, mais de la capacité de l’État et des collectivités territoriales( les communes constituant l’agglomération Kaolackoise : la Commune de Kaolack, la commune de kaone et celle de Sibassor etc… )à transformer ses avantages comparatifs en avantages compétitifs. 

Une ville cesse de rayonner lorsqu’elle n’investit plus dans les fonctions qui produisent la richesse, l’innovation et l’attractivité. À l’inverse, elle devient une métropole lorsqu’elle concentre les infrastructures, les services stratégiques, les investissements et les opportunités.

L’histoire montre que les villes ne sont jamais condamnées au déclin. Kaolack possède encore les ressources, la position géographique et le potentiel humain nécessaires pour redevenir une métropole d’équilibre . La véritable question est désormais de savoir si les choix d’aménagement et d’investissement seront à la hauteur de cette ambition.»

Babou Mbaye, Géographe-Aménagiste 

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