
La FAO vient d’annoncer d’importantes avancées du Sénégal dans le renforcement de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) au Sénégal.
L’adoption par les autorités sénégalaises, après un travail de quatre ans avec la FAO, d’un manuel national de procédures pour la mise en œuvre de l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port (PSMA), ainsi que de nouveaux textes réglementant notamment le système de suivi des navires (VMS), les transbordements et les contrôles portuaires, constitue un signal positif.
La poursuite de la révision de la législation sur la pêche et le fait que le Sénégal soit devenu le premier pays africain à réaliser une auto-évaluation de ses responsabilités en tant qu’État du pavillon témoignent également d’une volonté réelle de renforcer la gouvernance des pêches.
Ces progrès interviennent à un moment particulièrement important. Depuis 2024, le Sénégal est engagé dans un dialogue avec l’Union européenne concernant l’amélioration de son dispositif de lutte contre la pêche INN. Les efforts aujourd’hui reconnus par la FAO montrent que le pays prend cette question au sérieux et qu’il met progressivement en place les outils nécessaires pour prévenir les activités illégales, améliorer la transparence et renforcer les contrôles.
Pour les pêcheurs artisans, cette évolution est essentielle. La pêche INN pénalise en premier lieu les communautés côtières en contribuant à la surexploitation des ressources, en créant une concurrence déloyale et en privant le pays de revenus indispensables à une gestion durable des pêcheries. Une gouvernance plus efficace bénéficie donc directement aux pêcheurs, aux mareyeurs, aux transformatrices et à l’ensemble de la filière.
Ces avancées sont également importantes parce que le Sénégal doit éviter une interdiction des exportations de poissons vers l’Union européenne, conséquence d’une identification potentielle par l’UE comme pays non-coopérant dans la lutte contre la pêche INN.
Une étude récente a montré qu’une suspension des exportations de produits de la pêche vers le marché européen aurait des conséquences économiques et sociales particulièrement graves pour la pêche artisanale. Une grande partie des exportations sénégalaises provient en effet des chaînes de valeur alimentées par les captures artisanales. Les premières victimes d’une telle mesure seraient donc les pêcheurs artisans, les femmes transformatrices, les mareyeurs et leurs familles, alors même qu’ils ne sont pas à l’origine des insuffisances de gouvernance qui ont conduit au dialogue engagé avec l’Union européenne.
C’est pourquoi les organisations de pêche artisanale encouragent les autorités sénégalaises à poursuivre et accélérer les réformes engagées, tout en impliquant les professionnels dans la surveillance participative. L’adoption de nouveaux textes doit désormais s’accompagner de leur mise en œuvre effective, d’une coopération renforcée entre les différentes administrations concernées et d’un dialogue permanent avec les organisations professionnelles.
La pêche artisanale a tout intérêt à ce que le Sénégal dispose d’un système crédible, transparent et efficace de lutte contre la pêche INN. En protégeant les ressources halieutiques contre la pêche INN, le Sénégal protège également les emplois, les revenus et la sécurité alimentaire de centaines de milliers de familles qui vivent de la pêche artisanale.
Grâce au travail mené avec la FAO, le pays est sur la bonne voie. Il est désormais essentiel de maintenir cette dynamique afin que les efforts entrepris se traduisent rapidement par une reconnaissance internationale des progrès réalisés.
Gaoussou Gueye