Entretien avec Capitaine Bineta Ndiaye Cisse,  Chef service départemental des Eaux et Forêts de Mbour

Cet entretien vise à documenter le patrimoine sylvicole de la commune de Mbour à travers le regard du commandant des Eaux et Forêts. Les questions portent sur l’histoire, la description botanique et l’importance écologique du caïlcédrat (Khaya senegalensis), espèce emblématique de l’écosystème local.
 
 
 
HISTOIRE
Origine et présence historique dans la commune
 
 
Le Caïlcédrat, « Khaya senegalensis » en nom scientifique et « Khaye » en langue locale, constitue un patrimoine écologique et culturel de la ville de Mbour. Les caïlcédrats ont été reboisés depuis l’époque coloniale, le long des routes et peu partout à Mbour. Ainsi ils sont plantés stratégiquement pour structurer l’espace, notamment comme axes routiers, dans les établissements scolaires emblématiques, dans certains quartiers et dans des espaces publics.
Depuis quelques années, ces arbres sont gravement menacés par diverses agressions le plus souvent d’origine anthropique. L’agression sauvage constatée de plus en plus sur ces sujets qui jalonnent les axes routiers de la ville, est en train de prendre une proportion inquiétante. Ils disparaissent progressivement du fait, de l’abattage, mais également de l’élagage et de l’écorçage abusifs. Aussi, d’autres déperditions sont régulièrement enregistrées du fait de la vieillesse des sujets et de l’absence d’un programme de traitement sylvicole approprié.
Les impacts négatifs de ces phénomènes sont en train, en plus de défigurer totalement les peuplements exceptionnels, de précariser la pérennité de ces espèces emblématiques.
Pour parer à cette situation, il s’avère nécessaire et opportun de conserver ces arbres emblématiques qui font la fierté de la ville de Mbour et lui donnent tout son charme par le renforcement de la protection des grands sujets et la restauration par le reboisement, de ces axes routiers.
 
PRÉSENTATION
Caractéristiques et distribution dans la région
 
Sur le plan botanique
Les caractéristiques des caïlcédrats qui sont à Mbour dépassent 20 mètres de hauteur, ils sont dotés de troncs massifs et rougeâtres dont leurs diamètres peuvent pour la plupart excéder 1,5 mètres. Ils ont des houppiers très développés, des cimes formant de larges couronnes denses.
Ces caïlcédrats ont des feuilles quasi-permanentes malgré les variations des saisons. Leurs feuilles ont des capsules ligneuses globuleuses qui éclatent à maturité pour libérer des graines.
 
Sur le plan géographique :
Arbre d’alignement, le caïlcédrat a été planté stratégiquement pour structurer l’espace, notamment comme axes routiers (avenue Demba Diop, station totale -Croisement Kaolack), dans les cours d’établissements scolaires emblématiques (lycée Demba Diop) ou dans les anciens camps de repos (actuel Coco-Beach) et dans d’autres espaces publics.
 
Milieux de vie :
On retrouve les caïlcédrats dans la zone soudano-guinéenne. Ils vivent principalement dans les savanes boisées, les forêts denses et le long des cours d’eau en Afrique tropicale. Ils se développent de manière optimale sur des sols drainés, bénéficient d’un climat guinéen.
Dans la commune de Mbour, le caïlcédrat est plus représenté sur l’avenue avenue Demba Diop du fait de la forte mortalité de l’espèce dans les autres artères.

 
RÔLE ÉCOLOGIQUE
Fonctions et enjeux dans l’écosystème
Rôle du caïlcédrat dans l’écosystème de Mbour :
Ces arbres sont de « véritables poumons verts » urbains. Leurs vastes ombrages offrent un lieu de rassemblement traditionnel (arbres à palabres) et permettent de renforcer les liens sociaux.
Ils luttent contre la chaleur en réduisant les températures grâce à leur ombrage qu’ils créent et aussi leur transpiration.
Ils jouent un rôle primordial pour la biodiversité de la commune en fournissant un support, un abri et de la nourriture pour la faune. Leurs houppiers accueillent des nids, leurs racines facilitent l’installation de terriers, leurs feuilles accueillent des bactéries, des champignons ou des insectes.

 
En plus de capter le CO2 et de produire de l’oxygène avec la photosynthèse, les caïlcédrats sont des acteurs clés de la réduction de la pollution à Mbour. Ils absorbent les polluants atmosphériques et captent les particules fines dangereuses pour la santé des populations de la commune.
 
Actions pour leur préservation et de gestion durable de ce patrimoine
Plusieurs actions ont été menées par le secteur forestier de Mbour depuis quelques années pour assurer la protection, la préservation et la pérennisation des peuplements de caïlcédrats de la commune. On peut citer comme actions :
un inventaire du peuplement de caïlcédrats sur les axes avenue Demba Diop et station totale -croisement Kaolack : cela a permis d’avoir une base de données sur les arbres vivants, les arbres morts sur pied et les zones à reboiser ;
une géolocalisation de chaque arbre pour faciliter les interventions.
des activités de renforcement de l’espèce par des actions de plantations dans certains lieux (établissements scolaires, axes routiers, places publiques).
le renforcement de la protection par une surveillance afin de lutter contre les coupes clandestines ;
des opérations d’entretien effectués par des abattages sécuritaires ou sanitaires en collaboration avec la commune de Mbour.
des opérations de renouvellement du peuplement par le remplacement de certains sujets morts ;
Cependant pour assurer une préservation et garantir une gestion durable de ces peuplements de caïlcédrats, l’élaboration d’une charte de l’arbre qui a pour vocation de rassembler les acteurs publics, privés et associatifs devient plus que nécessaire.
 
 
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