
« La Nouvelle Ville de Thiès est un projet d’aménagement pour rééquilibrer le développement du pays ». C’est le message fort porté par M. Daouda Thiandoum, Directeur Régional de l’Aménagement du Territoire. À l’heure où les études s’accélèrent sous la bannière de la Vision Sénégal 2050, il nous explique comment ce futur pôle d’envergure va réorganiser la croissance urbaine nationale. Logement, services de base, pôles de recherche et infrastructures : découvrez les coulisses d’une transformation territoriale majeure visant à promouvoir un développement polycentrique et durable.
Première partie : Missions et rôle de la Direction Régionale
Question : Monsieur le Directeur, pour commencer cet entretien, pourriez-vous vous présenter et nous expliquer les grandes missions que vous portez à la tête de la Direction Régionale de l’Aménagement du Territoire de Thiès ?
M. Daouda Thiandoum : je suis Daouda Thiandoum, aménagiste, urbaniste, géomarketeur et auteur. J’occupe actuellement les fonctions de Directeur régional de l’aménagement du territoire de la région de Thiès.
Au niveau régional, mon action s’articule autour de trois missions fondamentales, que l’on peut résumer ainsi :
- L’appui-conseil aux autorités administratives : En premier lieu, nous apportons notre expertise au Gouverneur de région, puis aux différents Préfets des trois départements, et enfin à l’ensemble des Sous-préfets des arrondissements. Nous leur fournissons une assistance technique indispensable dans le domaine de l’aménagement du territoire.
- L’appui-conseil aux collectivités territoriales : Nous reproduisons cette même démarche d’assistance pour les collectivités locales. C’est une mission cruciale, car ces collectivités ne disposent généralement pas de ressources humaines spécialisées dans notre domaine. Notre rôle est donc de les appuyer dans cette compétence qui est partagée, pour ne pas dire transférée, afin de les accompagner dans leurs missions respectives.
- La coordination et le suivi des projets régionaux : Nous participons activement aux projets et programmes exécutés, en cours d’exécution ou en phase de conception au niveau régional. Qu’il s’agisse des autres services de l’État, des ONG, ou des partenaires bilatéraux et multilatéraux, nous leur apportons une assistance technique pour optimiser leurs actions sur le terrain.
En bref, nous participons à tout projet ayant une incidence spatiale dans la région. Par ailleurs, je représente le Ministère en charge de l’Aménagement du Territoire, ainsi que son entité technique, l’ANAT (Agence nationale de l’aménagement du territoire), au niveau local.
Deuxième partie : La vision de la Nouvelle Ville de Thiès

Question : La région de Thiès est au cœur de dynamiques majeures. Quelle est la vision sous-jacente au projet de la « Nouvelle Ville » de Thiès et pourquoi ce choix territorial est-il stratégique ?
M. Daouda Thiandoum : Il faut comprendre que la mise en place d’un projet de nouvelle ville répond d’abord à des motifs de choix géographiques et économiques très précis. Tout le monde sait aujourd’hui que le triangle Dakar-Thiès-Mbour est hautement stratégique. Cette zone, qui englobe le département de Rufisque, une partie du département de Thiès et une partie de celui de Mbour, concentre désormais la majorité des grands projets structurants du pays.
Certains sont déjà une réalité, comme l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) ou l’autoroute à péage. D’autres sont en cours de réalisation, à l’instar du port de Ndayane, actuellement en construction, ou des pôles urbains comme celui de Daga Kholpa. Enfin, il y a des projets en phase conceptuelle, comme la troisième ligne du TER, qui quittera Thiès pour rallier l’AIBD, puis Saly.
Le choix de Thiès s’explique donc par :
- Son dynamisme économique intrinsèque.
- La disponibilité foncière, argument de poids face à la saturation de la capitale.
- Son attractivité résidentielle.
Thiès est le déversoir naturel de Dakar en termes d’extension urbaine. Face à ce territoire en mutation, notre objectif en tant qu’aménagistes est d’anticiper le développement pour que les aménagements précèdent l’installation des populations. Cette zone va s’urbaniser, quoi qu’il advienne. Notre leitmotiv est de structurer et de maîtriser ce développement pour éviter de subir l’urbanisation, comme c’est malheureusement le cas à Dakar. Nous avons l’opportunité de construire un développement durable, agréable, tout en respectant les vocations des différents espaces.
Pour cela, nous nous appuyons sur plusieurs instruments de planification existants : le Plan National d’Aménagement et de Développement Territorial (PNADT) à l’horizon 2045, le Schéma Directeur d’Aménagement et de Développement Territorial (SDADT) dont la deuxième phase est en cours d’élaboration, ainsi que des plans d’urbanisme de détails, des PDC (Plans de Développement Communal) et des PDD. L’enjeu est désormais de mettre en place un dispositif pour harmoniser et intégrer tous ces outils sur un espace stratégique mais restreint.
Troisième partie : Connectivité, transports et défis de la mobilité
Question : Un projet d’une telle envergure ne peut réussir sans une réflexion profonde sur les transports. Comment la question de la mobilité est-elle pensée pour cette nouvelle ville ?
M. Daouda Thiandoum : Pour parler de mobilité, il faut d’abord partir de l’existant. La zone du triangle stratégique se distingue par sa multimodalité, puisqu’elle réunit tous les modes de transport :
- Aérien : Avec l’AIBD situé à Diass, ainsi que l’école de l’Armée de l’Air basée au camp militaire de Thiès.
- Routier et Autoroutier : Le réseau est très dense avec l’A1 (autoroute Dakar – Diamniadio – AIBD, prolongée vers Kaolack via Mbour), l’A2 (l’autoroute « Ila Touba »), et l’A3 en construction, qui reliera Thiès à Saint-Louis via Tivaouane. À cela s’ajoutent les routes nationales (RN2, RN3, RN1) et de nombreuses pistes de désenclavement réhabilitées par divers programmes régionaux.
- Ferroviaire : Tout le monde sait que la région de Thiès est historiquement la capitale du rail. Avec l’arrivée future du TER, cette vocation va se renforcer.
La mobilité doit être le cœur même et l’élément justificatif de la Nouvelle Ville de Thiès. L’idée est de créer un véritable « nœud urbain », un hub parfaitement connecté aux grands corridors de transport nationaux et internationaux (notamment dans le cadre des schémas de l’UEMOA).
La fonctionnalité de cette nouvelle ville dépendra de la complémentarité entre ces différents modes. Une bonne connectivité permettra non seulement d’assurer une excellente mobilité des populations, mais aussi de désenclaver les sites de production, renforçant ainsi l’attractivité et la compétitivité économique de la zone.
Quatrième partie : Communes impactées, calendrier et risques à éviter
Question : Quelles sont les communes concernées par ce projet ? Quel est le calendrier de déploiement et, surtout, quels sont les pièges à éviter pour réussir ce pari urbain ?
M. Daouda Thiandoum: Il faut savoir que le projet initial avait un périmètre assez restreint. Cependant, le projet actuellement restructuré par les nouvelles autorités englobe une superficie beaucoup plus importante. L’appellation « Nouvelle Ville de Thiès » est devenue un terme générique, car plusieurs autres communes y font leur entrée dans le cadre d’une logique d’intercommunalité et d’interterritorialité. C’est naturel, car il s’agit de zones de terroir déjà exploitées par les populations et rattachées à diverses collectivités. L’État encourage ici une synergie où chaque commune a un rôle à jouer : certaines apportent leurs réserves foncières, d’autres leur positionnement de zone carrefour pour accueillir des infrastructures structurantes (comme Diass pour l’AIBD ou Ndayane pour le port).
Concernant le calendrier, les études sont en cours sous la coordination du Ministère de l’Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l’Aménagement du Territoire. Les livrables seront bientôt disponibles. Il faut rappeler qu’en 2025, un décret d’utilité publique a été pris pour sécuriser cette zone. Ce type de décret ayant une durée légale de trois ans, c’est à l’horizon 2028 que le projet de la Nouvelle Ville devra se concrétiser de façon très visible sur le terrain. Le projet initial a été revu de fond en comble pour s’aligner sur la nouvelle vision de développement du gouvernement, à savoir la Vision Sénégal 2050 (l’Agenda National de Transformation), afin de garantir plus de cohérence, de fonctionnalité et de durabilité.
Quant aux risques à éviter, le principal défi est d’éviter d’importer les problèmes de Dakar à Thiès. Dakar a subi son développement et ne le contrôle plus. Il ne faut pas répéter les mêmes erreurs. Il nous faut faire mieux que Dakar.
Cela exige une planification rigoureuse, une vision globale du site et une affectation stricte des espaces qu’il faudra protéger durablement. Cela permettra de rationaliser le foncier et de prévenir le désordre urbain. Il faut anticiper pour éviter que les espaces réservés à de grands programmes ne soient dénaturés par d’autres projets. L’enjeu est de maintenir les équilibres, de veiller à la cohabitation harmonieuse des activités et de concevoir une ville verte et durable.
Cinquième partie : L’impact attendu des plateformes d’information territoriale

Question : Pour accompagner une telle dynamique, l’accès à l’information est capital. Quel regard portez-vous sur des initiatives de presse numérique spécialisée, comme le projet Terract.net, dédié à l’actualité territoriale ?
M. Daouda Thiandoum : Je pense que des initiatives comme Terract.net sont des outils extrêmement importants, car le besoin est réel. Généralement, les outils médiatiques existants sont des médias généralistes où l’information est parfois noyée dans un « fourre-tout ». Il est rare de trouver un dispositif spécifiquement dédié à nos métiers de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et, plus largement, des secteurs ayant une incidence spatiale.
Je salue et encourage vivement une telle initiative. C’est un cadre qui va permettre de mettre en relief les réalisations, de pointer du doigt les défis, mais aussi de permettre aux différentes parties prenantes de dialoguer et d’échanger. C’est le canal idéal pour disposer d’informations à jour sur les dynamiques territoriales, et j’espère qu’il comblera efficacement ce déficit de communication pour le grand bien de nos territoires.
Question :Si vous deviez retenir une seule chose que vous souhaitez que les Sénégalais comprennent sur la Nouvelle Ville de Thiès, quelle serait-elle ?
M. Daouda Thiandoum : il faut savoir que la nouvelle ville, quel que soit par ailleurs son lieu d’ancrage, ne doit pas être perçue comme un projet immobilier. Il faut retenir qu’elle est avant tout un projet d’aménagement du territoire qui a comme objectif de rééquilibrer le développement d’un pays. Et c’est le cas, par exemple, pour la nouvelle ville de Diamniadio qui a créé une nouvelle centralité dans l’espace dakarois. Donc, l’idée c’est de promouvoir le polycentrisme dans un espace donné. On avait auparavant un développement unipolaire condensé à Dakar-Plateau ; aujourd’hui avec Diamniadio, tout le monde sait qu’ on a un développement bicéphale qui a créé une nouvelle centralité portée par, justement, la nouvelle ville de Diamniadio.
Pour la nouvelle ville de Thiès aussi, l’idée c’est d’aller beaucoup plus loin en réorganisant le développement futur de cette zone. Donc, ce n’est pas un projet immobilier. Généralement, quand on parle de nouvelle ville, les gens pensent parcelles, lotissement ou encore logement, en oubliant que c’est un nouveau pôle urbain capable d’accueillir à la fois les populations, de créer des emplois, de créer des services, de créer également des institutions de recherche et de formation, mais également de porter des infrastructures de transport, et également surtout de créer, encore plus loin, une nouvelle centralité dans ce triangle hautement stratégique.
Donc, la question ce n’est pas de savoir combien de… combien de, justement, de logements seront créés, mais plutôt comment organiser la croissance urbaine durant les prochaines années. Comment connecter efficacement les différentes collectivités territoriales qui sont dans ce triangle Dakar-Thiès-Mbour qui sont pratiquement portées par la nouvelle ville de Thiès ? Comment créer des emplois de proximité ? Donc, ce n’est pas de créer justement un logement, mais d’intégrer également ce qu’on appelle les services sociaux de base, d’intégrer également les espaces dédiés aux investissements. Ce qu’on appelle le service d’appui à la production, mais également d’intégrer une réflexion sur la gouvernance au niveau territorial, et surtout aussi de pouvoir décider sur des zones qui doivent recevoir les investisseur.
Prof thiandoum toujours pertinent .
Très pertinent Mr Thiandoum.
Qu’Allah soubhanawou wa Talla facilite