
La station d’épuration de Mbour pourrait devenir, au-delà de sa mission de traitement des eaux usées, un véritable pôle de production et de création de richesses. Une étude de faisabilité commanditée par l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS) estime à 94,5 millions de francs CFA le chiffre d’affaires annuel potentiel du projet à partir de la huitième année.
Longtemps considérées comme de simples déchets, les eaux épurées et les boues issues de la station d’épuration de Mbour pourraient désormais être transformées en ressources économiques. C’est l’une des principales conclusions de l’étude de faisabilité sur la valorisation des sous-produits de la station, réalisée par le cabinet Delvic pour le compte de l’ONAS.
Le scénario retenu présente des perspectives économiques jugées intéressantes. Le chiffre d’affaires prévisionnel passerait d’environ 25 millions de francs CFA la première année à 94,5 millions de francs CFA par an à partir de la huitième année. Pour concrétiser le projet, l’investissement initial est évalué à 328,46 millions de francs CFA hors taxes.
« L’étude a révélé qu’il y a un potentiel de valorisation des produits dérivés », a expliqué le directeur général de l’ONAS, Sény Diéne. Selon lui, les eaux épurées pourraient notamment donner un nouvel élan au maraîchage, à la floriculture, à l’arboriculture fruitière et à la pisciculture.
Une première expérimentation menée aux abords de la station sur la culture fourragère a d’ailleurs livré des résultats prometteurs, renforçant les perspectives identifiées par l’étude.

328,46 millions FCFA d’investissement
L’enveloppe prévue doit permettre de financer plusieurs composantes indispensables à la mise en œuvre du projet. Elle couvre notamment la réhabilitation et la sécurisation du site, l’amélioration des ouvrages communs de la station d’épuration et de la station de traitement des boues de vidange, ainsi que la réhabilitation de l’aire de manœuvre et du point de dépotage.
Le financement doit également permettre l’acquisition d’équipements électromécaniques pour la station de traitement des boues de vidange, la réalisation d’ouvrages dédiés à la valorisation des boues séchées et l’acquisition d’équipements agricoles de base.
Un système complet de valorisation des eaux traitées est également prévu.
L’analyse financière fait ressortir une rentabilité progressive du projet. En régime de croisière, celui-ci pourrait couvrir ses charges d’exploitation, ses amortissements, ses frais financiers et sa fiscalité. Cette rentabilité reste toutefois dépendante de plusieurs facteurs, notamment les rendements agricoles, les prix de vente, la commercialisation des produits et la maîtrise des charges.
Le projet présente également un intérêt environnemental majeur. La valorisation des eaux traitées devrait permettre de mettre fin à leur rejet dans le marigot de Mballing, avec des effets attendus sur la qualité du cadre de vie des populations riveraines.
La réduction des nuisances olfactives et la préservation de l’écosystème figurent parmi les retombées environnementales attendues.
Pour Sény Diéne, cette démarche traduit un changement de paradigme dans la politique d’assainissement. Il s’agit désormais de dépasser la logique traditionnelle de collecte, de transport et de rejet pour privilégier la réutilisation et la valorisation des sous-produits de l’assainissement.

Mbour-Malicounda vers une approche intercommunale
Le directeur de cabinet du maire de Malicounda, Mor Fassa Ndiaye, a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’une approche intercommunale entre Mbour et Malicounda dans la gestion des déchets et des eaux usées.
Il estime que ces problématiques dépassent les limites administratives des collectivités territoriales. Les boues et eaux usées peuvent désormais être considérées comme des ressources capables de générer des opportunités économiques.
Cette approche pourrait notamment favoriser la production d’engrais organiques, le développement de l’énergie renouvelable et la création d’emplois verts au profit des jeunes et des femmes.
L’adjoint au préfet du département de Mbour, Mamadou Farba Sy, a appelé à renforcer les infrastructures et les équipements nécessaires au traitement et à la valorisation des déchets. Il a également insisté sur la responsabilité partagée des administrations, collectivités territoriales, acteurs économiques, services techniques, partenaires techniques et financiers et populations.
Adama Faye