
Enseignant originaire de Fatick et auteur engagé, Abdoul Aziz Dramé Faye fait de la transmission des savoirs et de la promotion de l’excellence le cœur de son action. Auteur de plusieurs ouvrages littéraires et manuels pédagogiques, il publie «Education à la science et à la vie sociale – Cm1 et Cm2», un nouvel outil destiné à accompagner la réussite des élèves. Face à la concurrence des réseaux sociaux, cet acteur du monde éducatif plaide pour une réconciliation des jeunes avec la lecture à travers une démarche moderne et attractive.
Il est devenu rare, par les temps qui courent, d’entendre un jeune proclamer sa passion pour les livres. Alors que les anciennes générations avaient la lecture chevillée au corps, la jeunesse actuelle semble en prendre le contre-pied : beaucoup préfèrent scroller indéfiniment sur les réseaux sociaux et consommer des contenus vidéo souvent peu instructifs sur le plan comportemental. Dans cet écosystème numérique, ceux qui continuent de lire passent presque pour des esprits d’un autre temps.
Pour Abdoul Aziz Dramé Faye, la lecture et l’écriture sont pourtant indissociables de l’existence. Originaire de la région de Fatick et enseignant à l’école Koor Jokkel Faye de Nianing (relevant de l’Ief de Mbour 1), cet écrivain passionné s’investit au quotidien pour faire rayonner l’éducation et le mérite. Une implication récompensée à plusieurs reprises : en 2022, il remporte le deuxième prix dans la catégorie Poésie du Prix Innov lors du Festival international du livre et des auteurs (Fila) à Zérékoro, en Guinée-Conakry. Il a également reçu le prix dédié aux acteurs du développement éducatif, décerné par les Mbour Elite Awards.
Attentif aux besoins de la jeunesse, il est aussi l’initiateur du «Thiamassass», un concours d’excellence scolaire visant à stimuler le goût de l’effort et l’émulation au sein des établissements de la zone de Nianing. Sa bibliographie compte déjà cinq ouvrages personnels : L’île des mots, Le jardin de l’espoir, Mon cahier d’exercices Ce1-Ce2, L’excellence en langue et communication Cm1-Cm2 et Mon cahier d’Esvs Cm1-Cm2. Il est en outre co-auteur de plusieurs œuvres collectives, notamment Covid-19, Plaidoyer pour l’enfance et Extase de la Faydha.
De la salle de classe au déclic littéraire
Remontant le fil des souvenirs, il évoque les premiers pas qui l’ont mené à la création littéraire : «Tout a commencé quand j’étais en classe de 5ᵉ au Cem Khar Ndoffène Diouf de Fatick. Notre professeure de français, Mme Diouf -ancienne députée-, nous avait demandé de rédiger des poèmes sur le Sénégal. Le mien a beaucoup plu à mes camarades et a suscité les félicitations de mon enseignante. Je tiens à lui rendre hommage, car ses encouragements ont éveillé ma passion. De nature timide, j’ai ensuite pris l’habitude de me réfugier dans l’écriture pour exprimer ce que je n’arrivais pas toujours à formuler oralement.»
En 2019, l’envie de partager ses écrits se concrétise par la parution de son premier recueil de poèmes, L’île des mots. Il entend ainsi donner une dimension citoyenne à sa plume : sensibiliser sa communauté, transmettre des valeurs et éveiller les consciences des générations futures.
Concilier rigueur pédagogique et sensibilité littéraire
Ses écrits s’articulent autour de deux grands axes : sur le plan littéraire, la poésie, l’amour, l’espoir, la préservation des valeurs et l’identité culturelle. Sur le plan pédagogique, l’apprentissage méthodologique, l’acquisition de compétences et l’accompagnement personnalisé de l’élève. Sa dernière publication parue aux éditions L’Harmattan, intitulée Education à la science et à la vie sociale – Cm1 & Cm2, s’inscrit directement dans cette double quête d’épanouissement et de rigueur. «C’est un ouvrage d’exercices conçu pour consolider les apprentissages fondamentaux : histoire, géographie, initiation scientifique et technologique, vivre dans son milieu et vivre ensemble», explique l’auteur. «Il met aussi l’accent sur l’autonomie, le sens des responsabilités, les valeurs citoyennes et le développement durable.»
Faire du numérique un allié du livre
Interrogé sur les solutions à apporter au désamour des jeunes pour les livres, l’enseignant refuse toute posture d’opposition stérile entre l’écrit et les écrans. Selon lui, il s’agit plutôt d’apprendre aux élèves à faire un usage pédagogique du numérique.
Pour redonner le goût de lire, Abdoul Aziz Dramé Faye préconise de rendre la lecture plus interactive en proposant des activités d’écriture connectées au quotidien des apprenants. Il suggère également d’intégrer les réseaux sociaux comme leviers d’apprentissage plutôt que de les traiter en rivaux. A l’école, il préconise la création de clubs de lecture, l’organisation de défis littéraires et la mise en place d’un temps de lecture régulier en classe pour installer une véritable culture du livre. A la croisée de l’enseignement et de la création, Abdoul Aziz Dramé Faye continue d’affirmer sa conviction essentielle : le livre demeure l’un des piliers les plus solides pour réussir la formation intellectuelle, humaine et citoyenne des générations de demain.
Source : le Quotidien