
L’Agence nationale de l’État civil (ANEC) poursuit la mise en œuvre du plan d’urgence de modernisation de l’état civil, conformément aux orientations du président de la République. Après une première étape dans la région de Dakar, l’institution vient d’achever une mission de dix jours dans la région de Thiès, avec pour objectif de renforcer la gouvernance, accélérer la digitalisation et améliorer la qualité des services offerts aux citoyens.
Selon le directeur général de l’ANEC, Matar Ndao, cette intervention s’inscrit dans un « plan de remédiation » destiné à remettre en fonctionnement les centres d’état civil, à renforcer les capacités des officiers et agents et à préparer la généralisation des outils numériques.
À Thiès, la mission a permis de remettre en service 66 centres d’état civil et de former 338 officiers et agents. Pour marquer la fin de cette étape, un forum populaire a été organisé à Ndiaganiao afin de sensibiliser les populations sur les procédures de l’état civil et de recueillir leurs préoccupations.
« Nous avons identifié les difficultés rencontrées sur le terrain et apporté des premières réponses. Toutes les recommandations seront intégrées dans notre plan de remédiation pour les mois à venir », a expliqué Matar Ndao.
L’ANEC entend désormais poursuivre cette dynamique avec une nouvelle phase prévue du 13 au 29 juillet, durant laquelle plusieurs équipes interviendront simultanément dans les régions de Thiès, Louga et Diourbel pour poursuivre le déploiement du programme.
La fraude documentaire, principal défi
Le directeur général estime que la fraude documentaire constitue aujourd’hui la menace la plus importante pour la fiabilité de l’état civil sénégalais.
« Notre objectif est qu’un acte de naissance, de mariage ou de décès puisse être authentifié à tout moment. C’est à cette condition que nous aurons véritablement sécurisé notre système », a-t-il affirmé.
Outre les faux documents, l’ANEC fait face aux phénomènes de doublons, aux retards de déclaration des naissances ainsi qu’aux multiples jugements permettant parfois à une même personne d’obtenir plusieurs identités administratives.
Pour renforcer la sécurité, l’agence prévoit un système reposant sur six niveaux de contrôle, adossé à la digitalisation complète des procédures.
Des conséquences jusque dans le système éducatif
Les insuffisances de l’état civil affectent également le parcours scolaire de nombreux élèves. Cette année, 98 candidats ont été ajournés et renvoyés à la session d’octobre en raison d’irrégularités ou d’incohérences dans leurs documents d’état civil.
Le directeur général rappelle qu’un élève doit conserver la même identité administrative tout au long de son cursus scolaire, du certificat de fin d’études jusqu’au baccalauréat, sous peine de voir son dossier bloqué.
Vers un état civil entièrement numérique
Sur les 629 centres d’état civil que compte le Sénégal, 67 % sont désormais digitalisés, selon l’ANEC. Cette modernisation comprend l’installation du logiciel de gestion de l’état civil, la mise en service de la plateforme numérique et la formation des agents. Ce chiffre confirme la progression du programme national de numérisation engagé depuis plusieurs mois.
L’agence prépare également le déploiement de ce dispositif dans les postes consulaires afin de permettre aux Sénégalais établis à l’étranger d’accéder aux mêmes services numériques.
Un levier essentiel pour le développement
Présent au forum, Mohamed Ngom, adjoint au sous-préfet de l’arrondissement de Fissel, a rappelé que l’état civil constitue un élément fondamental de la vie des citoyens.
Selon lui, il accompagne chaque individu de la naissance au décès et représente un outil indispensable pour l’élaboration des politiques publiques, en fournissant des données démographiques fiables aux décideurs.
Il a salué cette démarche participative de proximité, estimant qu’elle traduit la volonté des autorités de placer les populations au cœur de la réforme de l’état civil.
Adama Faye