
Le Sénégal pourrait bientôt révolutionner la construction de ses infrastructures routières grâce à l’utilisation de matériaux locaux. En visite sur le site expérimental de Diass, le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, Moussa Balla Fofana, a validé trois formulations innovantes de revêtements de voirie développées dans le cadre du Programme national de renouveau urbain et de l’habitat souverain (PNRUHS).
L’objectif de cette expérimentation est de proposer une alternative durable et moins coûteuse aux techniques classiques reposant sur le bitume importé. Les formulations testées associent notamment la latérite, le silex, le phosphogypse, la chaux calcaire et le ciment, des matériaux disponibles localement et susceptibles de réduire considérablement la dépendance du pays aux importations.
Les premiers résultats sont prometteurs. Selon les données présentées au ministre, le coût de réalisation d’un kilomètre de voirie pourrait être ramené entre 18,15 et 18,30 millions de FCFA, contre des montants nettement plus élevés avec les procédés conventionnels. Cette innovation permettrait ainsi une économie supérieure à 66 %, avec des gains pouvant atteindre 75 % dans certaines configurations.
« Utiliser nos propres matériaux et limitant les importations »
Pour Moussa Balla Fofana, cette démarche s’inscrit pleinement dans la vision de souveraineté économique portée par les autorités sénégalaises. « Nous avons demandé à explorer des solutions souveraines utilisant nos propres matériaux et limitant les importations. L’objectif est de réduire significativement la facture des infrastructures tout en garantissant leur qualité », a-t-il déclaré.
Cette innovation intervient dans un contexte marqué par un déficit de logements estimé à plus de 400 000 unités au Sénégal. Pour répondre à cette demande croissante, le gouvernement a engagé un vaste programme de renouveau urbain comprenant notamment la création de nouvelles zones d’habitation et le développement d’infrastructures modernes.
Le ministre a cité à cet effet le projet de nouvelle ville de Thiès, qui s’étendra sur plus de 1 000 hectares et intégrera une planification urbaine complète comprenant logements, équipements collectifs, réseaux routiers et espaces de services.
L’un des principaux défis reste toutefois le financement des Voiries et Réseaux Divers (VRD), dont le coût global pourrait représenter plusieurs centaines de milliards de FCFA. La réduction des coûts grâce aux matériaux locaux apparaît ainsi comme une solution stratégique pour accélérer la mise en œuvre des projets d’habitat et d’aménagement.
« La ruralité ne doit pas être synonyme de pauvreté »
Au-delà des centres urbains, cette innovation pourrait également avoir un impact majeur sur le développement des infrastructures rurales. Les économies réalisées permettraient d’améliorer la qualité des pistes et routes desservant les localités de l’intérieur du pays, souvent confrontées à des contraintes budgétaires importantes.
« La ruralité ne doit pas être synonyme de pauvreté. Les populations vivant en milieu rural méritent les mêmes standards de qualité de vie que partout ailleurs », a soutenu le ministre.
Les évaluations techniques se poursuivent afin de stabiliser les formulations retenues avant le lancement des premiers chantiers à grande échelle. Si les résultats se confirment, l’expérience de Diass pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’infrastructures sénégalaises, plus accessibles, plus durables et davantage fondées sur la valorisation des ressources nationales.
Adama Faye