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Actualités 10 septembre 2026 alassane

Propositions de l’APRAPAM pour faire de la sardinelle un levier de souveraineté halieutique et d’économie bleue durable

L’APRAPAM souhaite saisir l’occasion de la Déclaration de Politique Générale (DPG) pour réaffirmer l’importance stratégique de la sardinelle pour le Sénégal et proposer un partenariat renforcé entre les pouvoirs publics et les acteurs de...

L’APRAPAM souhaite saisir l’occasion de la Déclaration de Politique Générale (DPG) pour réaffirmer l’importance stratégique de la sardinelle pour le Sénégal et proposer un partenariat renforcé entre les pouvoirs publics et les acteurs de la filière.

La sardinelle ne doit pas être considérée uniquement comme une ressource halieutique à gérer. Elle constitue une ressource stratégique pour la souveraineté alimentaire, l’emploi, les revenus des communautés côtières et la transformation locale.

Cette approche est pleinement cohérente avec les orientations de la Déclaration de Politique Générale et du Masterplan 2025-2034. La DPG place en effet la souveraineté alimentaire au cœur de l’action gouvernementale, avec l’objectif de « produire ce que nous mangeons », tout en identifiant les poissons frais parmi les produits sensibles du panier de la ménagère.

1. Faire de la restauration de la sardinelle un investissement productif

L’APRAPAM estime qu’il convient de dépasser l’opposition entre conservation et développement. Il ne s’agit pas simplement de « réduire la pêche pour sauver la sardinelle», mais de restaurer le stock afin de sécuriser durablement la pêche, l’alimentation, les emplois et les activités économiques qui en dépendent.

La restauration de la ressource doit ainsi être considérée comme un investissement productif : une ressource en meilleur état permet une pêche plus stable, des débarquements plus réguliers, une meilleure valorisation économique et davantage de sécurité pour les revenus des communautés côtières.

Mais le Sénégal ne peut atteindre cet objectif seul. La sardinelle est une ressource partagée qui se déplace entre les eaux de plusieurs pays de la sous-région. Sa restauration nécessite donc des mesures cohérentes et coordonnées à l’échelle régionale.

L’APRAPAM demande dès lors au Sénégal de s’engager activement et durablement dans les initiatives régionales déjà engagées, notamment dans le cadre de la Commission Sous-Régionale des Pêches (CSRP), et de soutenir leur traduction rapide en mesures de gestion harmonisées et effectivement appliquées par les États concernés.

Cet engagement devrait notamment porter sur l’harmonisation des périodes de repos biologique, la protection des zones de reproduction et de nurserie, la protection des juvéniles, la maîtrise de la capacité et de l’effort de pêche et, plus largement, la mise en œuvre des recommandations scientifiques concernant les stocks de sardinelles.

2. Faire de la participation des professionnels un pilier de la gestion régionale

Une gestion régionale ne peut toutefois être efficace si elle reste uniquement une coopération entre administrations.

Les pêcheurs artisans, les femmes et les autres acteurs de la chaîne de valeur disposent d’une connaissance concrète de la ressource, des mouvements des flottilles, des marchés et des conséquences sociales et économiques des mesures de gestion. Leur adhésion est également indispensable pour que les décisions adoptées au niveau régional puissent être effectivement appliquées.

L’APRAPAM demande donc que le Sénégal soutienne, au sein des initiatives de la CSRP, une gestion régionale véritablement participative, associant de manière permanente les organisations professionnelles à la préparation, au suivi et à l’évaluation des mesures de gestion.

Une attention particulière devrait être accordée au soutien des commissions mixtes comme cadres transfrontaliers de concertation entre professionnels existant aujourd’hui entre le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée-Bissau. Ces espaces doivent permettre aux professionnels des différents pays de confronter leurs expériences, identifier les problèmes communs, formuler des propositions conjointes et contribuer directement aux processus régionaux de décision.

L’objectif devrait être d’établir un mécanisme permanent de concertation entre les professionnels et les processus de décision de la CSRP, afin que la participation des acteurs ne soit pas ponctuelle ou simplement consultative.

3. Mettre la sécurité alimentaire et la transformation locale au cœur de la stratégie

La sardinelle joue un rôle essentiel dans l’alimentation des populations sénégalaises et de la sous-région. Sa gestion doit donc intégrer explicitement un objectif de sécurité et de souveraineté alimentaires.

L’APRAPAM propose que le Sénégal défende, tant au niveau national que régional, le principe selon lequel la priorité d’utilisation de la sardinelle doit être l’alimentation humaine.

Cette priorité doit également guider le développement de la chaîne de valeur. La souveraineté halieutique ne peut être dissociée de la souveraineté sur la chaîne de valeur.

Il convient notamment de développer les infrastructures de débarquement, les unités de glace et les chambres froides, la chaîne du froid, la transformation artisanale améliorée, le fumage et le séchage, le conditionnement, les conserveries, la certification sanitaire, la traçabilité et la commercialisation nationale et régionale.

Une attention particulière doit être accordée à l’encadrement des activités de production de farine et d’huile de poisson afin de garantir la priorité de la sardinelle à l’alimentation humaine et d’éviter que la demande industrielle n’accroisse la pression sur une ressource déjà surexploitée.

4. Renforcer la lutte contre la pêche INN et la surveillance régionale

La lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée constitue un autre axe majeur de convergence avec les priorités gouvernementales.

Pour une ressource migratrice comme la sardinelle, le contrôle exercé par un seul État ne suffit pas. L’APRAPAM appelle donc le Sénégal à soutenir le renforcement des mécanismes régionaux de suivi, contrôle et surveillance dans le cadre de la CSRP, ainsi que les opérations conjointes entre États.

Cette coopération devrait notamment porter sur le contrôle des captures et des débarquements, le contrôle des navires et des licences, la surveillance des zones de reproduction et de nurserie, l’échange régional de données, la traçabilité des produits, la coordination des sanctions et le suivi des unités industrielles utilisant les petits pélagiques.

La coopération régionale en matière de surveillance doit aller de pair avec une plus grande transparence sur qui pêche la sardinelle, en quelles quantités, sous quel régime d’accès et pour quelle destination.

5. Faire de la restauration de la sardinelle un moteur d’emplois pour les jeunes et les femmes

La restauration et la valorisation de la sardinelle doivent également être pensées comme une politique d’emploi. L’APRAPAM propose de retenir le principe : « Un investissement = une chaîne d’emplois et de valeur locale ».

Chaque projet soutenu devrait identifier les emplois directs et indirects créés et les revenus générés localement, avec une attention particulière aux jeunes et aux femmes.

Cette approche doit couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur : pêche, débarquement, conservation, transport, transformation, conditionnement et commercialisation, mais également les nouveaux emplois liés aux services numériques, à la traçabilité, à la surveillance, à la recherche et à la gestion des ressources.

Les femmes transformatrices et commerçantes doivent en particulier être reconnues comme des actrices à part entière de la gestion et de la valorisation de la sardinelle, et pas seulement comme bénéficiaires de programmes économiques. Elles doivent dès lors être consultées, au même titre que les pêcheurs, pour l’élaboration, la mise en place et le suivi des mesures de gestion sur la sardinelle.

6. Mesurer la contribution de la sardinelle à la sécurité alimentaire

L’APRAPAM propose enfin que les politiques nationales et régionales de gestion de la sardinelle comportent des indicateurs permettant de mesurer non seulement l’évolution biologique de la ressource et des captures, mais aussi sa contribution à la sécurité alimentaire.

Un indicateur spécifique pourrait notamment mesurer la part des captures de sardinelle destinée à l’alimentation humaine sur les marchés sénégalais et sous-régionaux, ainsi que l’évolution de son accessibilité pour les consommateurs.

Cela permettrait de donner une traduction concrète au principe de souveraineté alimentaire : le succès d’une politique de restauration de la sardinelle ne doit pas seulement se mesurer en tonnes de biomasse reconstituée, mais également dans les assiettes, les emplois et les revenus des communautés côtières.

En conclusion

L’APRAPAM souhaiterait que les propositions suivantes soient examinées :

1. Reconnaître la sardinelle comme une ressource stratégique pour la souveraineté alimentaire et halieutique du Sénégal.

2. Faire de la restauration des stocks de sardinelles une priorité nationale et régionale, sur la base des avis scientifiques et avec des mesures d’accompagnement socio-économique adaptées aux communautés concernées, élaborées en concertation avec ces communautés.

3. Renforcer l’engagement politique et technique du Sénégal au sein de la CSRP pour la mise en œuvre effective d’une gestion régionale harmonisée des stocks partagés de sardinelles, en s’appuyant sur les initiatives et cadres régionaux déjà développés.

4. Défendre au sein de la CSRP une gouvernance régionale participative, dans laquelle les organisations professionnelles de la pêche artisanale et les acteurs de la chaîne de valeur sont directement associés à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des mesures.

5. Soutenir et renforcer les commissions mixtes et autres mécanismes transfrontaliers de concertation entre professionnels, notamment entre le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée-Bissau, et établir un lien formel entre leurs travaux et les processus de décision régionaux.

6. Soutenir l’harmonisation régionale des principales mesures de gestion, notamment les périodes de repos biologique, la protection des juvéniles et des zones de reproduction et de nurserie, ainsi que les mesures nécessaires pour maîtriser l’effort et la capacité de pêche.

7. Renforcer, dans le cadre de la CSRP, les mécanismes régionaux de suivi, contrôle et surveillance, l’échange de données, la transparence sur les licences et les captures et les opérations conjointes de lutte contre la pêche INN.

8. Affirmer la priorité de l’utilisation de la sardinelle pour l’alimentation humaine, au Sénégal et dans la sous-région, et encadrer en conséquence son utilisation par les industries de farine et d’huile de poisson.

9. Développer un programme d’investissement dans les infrastructures de débarquement, la glace, le froid, la transformation, la traçabilité et la commercialisation, afin de conserver davantage de valeur ajoutée au Sénégal et dans les communautés côtières.

10. Intégrer explicitement les jeunes et les femmes, notamment les femmes transformatrices et commerçantes, dans les mécanismes de gouvernance ainsi que dans les programmes d’investissement, de formation, d’entrepreneuriat et de financement de la filière.

11. Mettre en place un cadre de résultats comportant des indicateurs simples et mesurables sur l’état de la ressource, l’effort de pêche, les revenus, les emplois, la transformation locale et la part de la production destinée à l’alimentation humaine.

12. Inscrire ces engagements dans la mise en œuvre du Masterplan 2025-2034, afin que la gestion régionale de la sardinelle ne constitue pas une initiative parallèle mais une traduction concrète des priorités nationales en matière de souveraineté alimentaire, de gestion durable des pêcheries, de restructuration de la pêche artisanale, de création d’emplois, de valorisation des produits halieutiques et de coopération transfrontalière.

L’APRAPAM est prête à travailler avec le Ministère, les organisations professionnelles des pays voisins et les institutions régionales concernées pour contribuer à cette dynamique et faire de la restauration de la sardinelle un exemple concret de gestion régionale participative au service de la souveraineté alimentaire et des communautés côtières.

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