
C’est dans une dynamique de transformation profonde de la gestion publique que s’est tenue, ce jeudi à l’Hôtel Pullman de Dakar la cérémonie officielle consacrant la mise en service de l’Observatoire des Finances Locales, désigné sous le sigle OBFILOC. Cet événement majeur a rassemblé l’ensemble des acteurs stratégiques de la décentralisation, notamment le Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, le Ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires, la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, l’Agence de Développement Municipal, ainsi que les associations faîtières d’élus locaux et les partenaires techniques et financiers.
Une réponse stratégique aux défis de la décentralisation
Depuis la mise en œuvre de l’Acte III de la décentralisation, l’État du Sénégal ambitionne de bâtir des territoires viables, compétitifs et porteurs de développement durable. Cependant, la concrétisation de cette vision s’est longtemps heurtée à la dispersion et à l’hétérogénéité des données budgétaires, comptables et financières des six cent une collectivités territoriales du pays. Face à ces contraintes qui limitaient les capacités d’analyse, de prévision et d’aide à la décision, l’OBFILOC émerge comme un instrument stratégique inédit de pilotage et de régulation.
Loin d’être une simple plateforme numérique, l’observatoire constitue une avancée majeure vers la professionnalisation et la démocratisation de la gouvernance financière. En centralisant, fiabilisant et valorisant l’ensemble des informations financières locales, il offre un tableau de bord consolidé permettant d’apprécier la capacité d’autofinancement, de mesurer l’effort d’investissement, de suivre l’endettement et d’évaluer la performance budgétaire de chaque commune et conseil départemental.

Une synergie institutionnelle remarquable
Ce projet d’envergure découle d’un engagement collectif de long terme. Il s’appuie sur la Charte de Partenariat conclue entre la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor et les associations faîtières d’élus, incluant l’Association des Maires du Sénégal et l’Association des Départements du Sénégal. Il concrétise également le Protocole de performance signé avec l’Agence de Développement Municipal dans le cadre du Programme d’Appui aux Communes et Agglomérations du Sénégal (Pacasen).
Lors des interventions officielles, le discours de l’Agence de Développement Municipal a été prononcé par son Secrétaire général, Papa Sambaré Ndiaye, au nom du Directeur général, le Dr Mahmouth Diop. Il a tenu à saluer une collaboration de huit années avec la Direction du Secteur Public Local, marquée par un grand professionnalisme, une rigueur exemplaire et une méthode structurante au service de la viabilité financière des collectivités.
L’initiative bénéficie de l’appui constant et conjoint des partenaires techniques et financiers, au premier rang desquels figurent la Banque mondiale et l’Agence Française de Développement. S’exprimant au nom de l’ensemble des partenaires, Pierre Bonneau, responsable des opérations de la Banque mondiale au Sénégal, a souligné que l’ OBFILOC incarne une conviction partagée : le développement local durable exige des institutions infranationales solides, capables de mobiliser leurs ressources propres et de gérer efficacement les transferts publics. Il a rappelé que quatre-vingt-quatorze pour cent des collectivités urbaines bénéficiaires du programme répondent désormais aux conditions minimales de gestion financière.

Modernisation, digitalisation et redevabilité
L’ OBFILOC s’insère parfaitement dans l’écosystème numérique en mutation de l’administration financière publique. Il s’articule avec le logiciel de Gestion des Finances Locales, plaçant la culture de performance, fondée sur les autorisations de programme et les crédits de paiement conformément aux directives de l’UEMOA, au cœur de l’action territoriale. Cette dynamique de dématérialisation et d’automatisation renforce la sécurisation des échanges entre ordonnateurs et comptables publics tout en assurant une traçabilité intégrale des opérations.
L’observatoire répond également aux exigences de la loi portant Code de transparence dans les finances publiques. En rendant accessibles des indicateurs fiables, il favorise un dialogue rénové et confiant entre l’État, les élus locaux, la communauté scientifique et les citoyens. Il s’inscrit en outre dans la trajectoire de la vision Sénégal 2050 et complète les dispositifs à venir, à l’image de l’application Koom Com dédiée à la digitalisation de l’assiette et du recouvrement des taxes municipales.
Les conditions d’une appropriation réussie
L’ensemble des intervenants a insisté sur le fait que le lancement de l’outil ne constitue pas une fin en soi, mais le point de départ d’un effort continu. La réussite durable de l’ OBFILOC repose sur trois conditions indispensables : la pleine appropriation du dispositif par les ordonnateurs et comptables publics grâce à un accompagnement régulier, la qualité et la régularité du renseignement des données, et enfin l’exploitation effective de ces informations stratégiques lors des prises de décision centrales et locales.

Grâce aux ateliers de formation déjà déployés sur l’ensemble du territoire national, notamment à Saly et Ziguinchor, l’ambition d’inclusion et d’équité territoriale se concrétise. L’OBFiLoc ambitionne ainsi de s’imposer non seulement comme le référentiel national incontournable des finances locales, mais aussi comme un modèle de gouvernance financière territoriale au sein de l’espace UEMOA et au-delà.
Mamour Fall