La trajectoire des pôles territoriaux et les perspectives de l’Acte IV.

Le Sénégal a entamé son processus de décentralisation avec une vision fondée sur les pôles territoriaux, c’est-à-dire le regroupement de plusieurs entités partageant les mêmes caractéristiques géographiques, à travers les régions du Cap-Vert, du Sénégal oriental, du Fleuve, de Diourbel, de Thiès, du Sine-Saloum et de la Casamance. C’est en juillet 1984, à la faveur d’une réforme administrative et territoriale, que ces anciennes régions disparaissent pour laisser place à de nouvelles configurations.

L’idée des pôles territoriaux refait surface avec la deuxième phase de l’Acte III de la décentralisation. Dans le cadre de cette réforme, l’État du Sénégal a souhaité regrouper les départements dans une perspective de rapprochement avec les zones éco-géographiques, afin de favoriser une plus grande cohérence territoriale et de répondre au problème de l’émiettement territorial. L’objectif était d’articuler ces territoires autour de villes et de communes dynamiques, capables d’animer leur hinterland et de stimuler une croissance économique créatrice de richesses.

En 2024, l’idée des pôles territoriaux réapparaît avec une orientation davantage axée sur le développement économique, dans le cadre de la vision Sénégal 2050, initiée par le Ministère du Plan et de la Coopération. Il s’agit d’une concentration, sur un même territoire, d’entreprises ainsi que d’institutions publiques et privées en interaction, dans le but de générer des emplois et de créer des économies d’agglomération à l’échelle territoriale. Le principe de complémentarité et d’interdépendance territoriales est mis en avant dans cette vision, déjà évoquée dans le PNADT à travers les pôles de développement territorial, en lien avec la politique de régionalisation des universités.

Cependant, à partir de 2024, dans le cadre de la mise en œuvre des politiques publiques de l’État par le Ministère de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire, les pôles territoriaux ont connu une nouvelle évolution. Ils s’orientent désormais vers un modèle hybride, à mi-chemin entre des établissements publics territoriaux et des cadres de gouvernance participative dotés d’un conseil d’élus.

La réforme de l’Acte IV est-elle nécessaire ? Les pôles territoriaux sont-ils pertinents ?

Les conditions permettant aux pôles territoriaux d’apporter une réelle plus-value aux territoires sont nombreuses.

Leur première mission devrait être avant tout économique. Ils doivent être conçus comme des outils de transformation de l’économie à l’échelle territoriale, capables de repenser le développement local au-delà des limites communales.

Les pôles territoriaux pourraient ainsi devenir de véritables leviers de revitalisation des territoires à travers des initiatives telles que la création d’une Banque de Développement Territoriale ( BDT) destinée à accompagner les collectivités territoriales dans le financement de grands projets structurants, créateurs de richesses, d’emplois et de valeur ajoutée locale.

En réalité, sur le plan identitaire, la légitimité des pôles territoriaux est relativement faible. De même, en matière de gouvernance de proximité, ils demeurent éloignés des citoyens. Dès lors, leur pertinence ne réside pas dans un nouveau découpage de la carte du Sénégal car il n’existe pas de découpage idéal. 

La nouvelle réalité de la décentralisation est économique.

Cheikh Fadel Diouf , Géographe

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